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Sylvie DUCHATEAU5 avril 2006: Interview de Sylvie DUCHATEAU"Un site accessible fidélise le public. Il m'est souvent arrivé de dire que je ne reviendrais jamais sur un site car je ne pouvais pas naviguer dessus." 1) Sylvie DUCHATEAU, quelle est votre profession ? Je suis chargée de projet sur l'accessibilité du Web pour tous, et en particulier pour les personnes handicapées. Je suis souvent en contact avec les organismes internationaux tels que l'initiative WAI qui produit des recommandations pour l'accessibilité des Contenus Web. Nous rédigeons des documents pour la sensibilisation, l'information et la formation des publics concernés. Je fais également des actions de sensibilisation auprès du public et des concepteurs de sites Web. Je participe au sein de l'association BrailleNet aux sessions de formation sur l'accessibilité du Web. J'effectue des évaluations de l'accessibilité de sites Web pour vérifier leur conformité aux standards de l'accessibilité. Il m'arrive également de traduire des documents dans le cadre de projets européens et des outils tels que la Barre d'outils Accessibilité fonctionnant sous Internet Explorer. J'ai enfin travaillé à la mise en place de la rédaction des premières versions du Guide AccessiWeb. 2) Utilisez-vous l'informatique (et plus précisément Internet) dans votre travail ? Oui, sans l'informatique je ne pourrais pas travailler. L'ordinateur a apporté une révolution dans ma façon de travailler. Tout d'abord, au cours de mes études, il m'a permis de me relire et de corriger mes textes sans l'aide d'un voyant. Avec l'arrivée d'Internet j'ai pu facilement correspondre avec des personnes n'ayant jamais appris le braille. Internet étant le centre de mon travail il me permet effectivement beaucoup de choses. Internet, et tout particulièrement le courrier électronique, me permet de communiquer avec mes collègues voyants sans avoir à utiliser un stylo et un papier que je maîtrise très mal et que je ne peux pas lire. Au travail nous avons très souvent les documents au format papier mais nous avons également une copie électronique de ces mêmes documents. Les nouvelles technologies permettent de réduire les différences entre mes collègues et moi et contribuent à une meilleure intégration. 3) Pouvez-vous préciser la place que tient l'informatique dans votre vie professionnelle et privée ? Au niveau professionnel, l'informatique me permet de correspondre avec nos différents contacts, de lire les documents de travail, de communiquer en interne et en externe. Elle me permet d'être plus indépendante, sauf quand le système "plante", où il faut souvent avoir recours à des "yeux" pour savoir où on en est. Dans ma vie privée, cela me permet de communiquer avec des membres de ma famille avec qui je ne communiquais pas avant l'ordinateur, car ils n'avaient pas appris le braille. Je peux ainsi rédiger mes courriers officiels et privés et surtout, grâce au scanner, lire moi-même mon courrier, des documents, des livres, des modes d'emploi, des fiches d'informations. Je viens d'apprendre ainsi que la future école de mon fils avait un site Web, et cela me permettra d'être au courant de ce qui se passe dans l'école sans devoir lire les notes affichées sur les murs. Grâce à Internet je peux acheter des disques en ligne, sans me déplacer dans le magasin, trouver des informations sur la santé de mes enfants, sur la bibliothèque du quartier ou les visites que l'on peut faire dans un endroit que l'on veut découvrir. Jusqu'à peu, Internet me permettait de gérer mon compte bancaire, mais la nouvelle technologie employée par notre banque pour renforcer la sécurité sur le site, me rend le site complètement inaccessible et m'a enlevé de mon indépendance pour gérer ce compte. 4) Quelles sont les aides techniques (logiciels et matériels) que vous utilisez pour utiliser l'ordinateur et quel est leur coût ? Au travail comme à la maison j'utilise un ordinateur classique équipé de windows. En plus de cet ordinateur, j'ai un logiciel appelé "lecteur d'écran" qui me permet de lire toute information affiché à l'écran. Il sert d'interface entre l'ordinateur et deux outils précieux : une synthèse vocale qui restitue vocalement l'information affichée à l'écran, et un terminal braille, qui me permet de lire en braille ce qui se passe à l'écran. Contrairement à une personne voyante, je ne peux pas "survoler" un texte rapidement, mais je le lis ligne à ligne de gauche à droite et de haut en bas de l'écran. Je ne vois pas tout l'écran d'un coup mais juste une portion de cet écran : c'est-à-dire environ 40 caractères à la fois. La synthèse me permet cependant de lire rapidement un texte, puisque l'on peut augmenter la vitesse de lecture de façon étonnante. Le braille me permet de vérifier plus rapidement mon orthographe et de lire des documents en plusieurs langues. Ces documents me seraient plus difficiles à appréhender si j'avais uniquement la synthèse vocale ; car il faudrait changer sans arrêt la langue selon la langue utilisée dans le document. Le coût de ces outils est très élevé. Le terminal braille, selon qu'il est un bloc notes avec de multiples fonctions, ou un simple afficheur, coûte entre 5000 et 7000 euros. Le logiciel de lecture d'écran coûte au minimum 1500 euros, surtout si on veut y ajouter une synthèse vocale ayant une prononciation agréable.
Le logiciel que j'utilise actuellement est l'un des plus connus et des plus utilisés en France. Je sais que les solutions fonctionnant sous Linux sont la plupart du temps gratuites, mais il faut bien connaître le fonctionnement de Linux pour pouvoir s'en servir. Néanmoins, si l'on veut lire en braille, il faut, quoiqu'il arrive, acquérir le terminal braille qui est malheureusement très coûteux puisqu'il y a peu de demandes sur le marché.
Je pense que cette loi est un premier pas vers une amélioration de l'accessibilité des sites publics. Elle va permettre à un grand nombre de personnes de prendre conscience de la nécessité de faire des sites accessibles à tous. Cependant, pour que cette loi soit appliquée, il faut un décret qui n'est pas encore sorti. Le retard dans la sortie de ce décret repousse d'autant le moment où les sites deviendront accessibles. Cette loi ne suffira malheureusement pas pour améliorer l'accessibilité des sites publics à moins que le décret ne prévoit comment former les concepteurs de sites Web à la création de sites accessibles. Beaucoup de sites étant inaccessibles, cela voudra dire qu'ils doivent être totalement repensés pour devenir accessibles et cela prendra du temps. De plus, seuls les sites publics sont concernés par la loi, donc il faudra attendre plus longtemps pour avoir des sites marchands, bancaires ou autres accessibles. Mais la loi est un début et j'espère qu'elle pourra contribuer à faire avancer les choses dans le bon sens.
Pour mon travail, je consulte les sites Web qui parlent d'accessibilité tel celui du W3C et, bien sûr, les sites qu'on nous demande d'évaluer. Je me sers aussi beaucoup de Google pour faire mes recherches. Il m'arrive également de consulter des encyclopédies ou des dictionnaires en ligne qui m'aident à faire mes traductions. A la maison, je vais souvent sur le site d'amazon, de la Fnac, ou sur des sites destinés aux parents pour les enfants. J'ai très peu le temps de lire les journaux en ligne mais je trouve qu'il est très utile de pouvoir y accéder, car cela permet une plus grande indépendance. 8) Quels sont les problèmes principaux que vous rencontrez quand vous naviguez sur les sites Web ? Le plus gros problème est que les sites étant devenus très graphiques, il n'est pas facile pour nous de les consulter si ces graphiques ne sont pas correctement étiquetés. Ainsi, on voit souvent sur des sites que le numéro de téléphone à appeler est le ... suivi d'une image avec le numéro de téléphone en image. Souvent, les liens sont eux-mêmes des images sans alternative textuelle, ce qui entraîne que la synthèse vocale lit par exemple menu_01 au lieu d'afficher le texte écrit dans l'image comme par exemple "vie citoyenne". Nous sommes alors obligés de cliquer sur le lien pour voir où il mène et de revenir en arrière si la page ne correspond pas à ce que nous cherchons. Le second problème est la complexité des formulaires. Il m'est souvent arrivé de remplir un formulaire et une fois que j'avais validé, de recevoir un message m'avertissant que tel ou tel champ n'était pas rempli. Je remplissais alors les champs demandés, je renvoyais mon formulaire, et je recevais un nouveau message me disant que d'autres champs n'étaient pas remplis, car l'application avait effacé les champs que j'avais déjà remplis. Souvent, ces formulaires ne sont pas clairs, on ne sait pas trop ce qu'il faut remplir et ils sont très longs. Il arrive souvent que le temps pour remplir le formulaire soit limité et que l'on nous dise de nous reconnecter car le délai était dépassé. Le troisième problème est l'utilisation de plus en plus fréquente de claviers virtuels pour saisir un mot de passe par exemple. Il s'agit alors de cliquer sur des chiffres avec la souris, qui ne sont jamais au même endroit. Ces actions sont impossibles pour moi qui ne peux actionner la souris, d'autant plus que les chiffres sur lesquels il faut cliquer sont des images sans alternatives. Un quatrième problème est l'utilisation de plus en plus fréquente de textes en image à recopier dans une boîte d'édition. J'ai ainsi échoué dans l'achat en ligne d'un livre pour lequel il fallait, en plus de saisir le numéro, la date d'expiration de la carte de crédit, un code à 4 chiffres affiché sur l'écran en image que je ne pouvais pas lire. Enfin, d'autres problèmes diminuent l'accessibilité d'un site comme les ouvertures de nouvelles fenêtres lorsque l'on choisit un lien, les pages qui se rafraîchissent régulièrement, l'utilisation abusive du flash, les bandes sonores qui tournent en boucle sur un site et qui couvrent le son de la synthèse vocale...
Je dirais tout d'abord que lorsqu'ils décident de créer un site Web, ils doivent prendre dès le départ en compte l'accessibilité. Cela demande plus de rigueur au début, mais une fois que l'accessibilité est intégrée, elle apporte des avantages non seulement aux visiteurs qui naviguent sur le site de façon plus aisée, mais aussi aux concepteurs eux-mêmes puisque cela facilite la gestion du site. Même s'ils ne connaissent pas en détails les recommandations d'accessibilité, ils doivent garder en mémoire que tout élément graphique doit avoir une alternative, que les sites doivent être conçus de façon claire, qu'ils doivent être homogènes. Si le site a un plan, cela permettra au visiteur de s'y retrouver plus facilement. Il faut bien penser à structurer les pages Web, comme on structure un livre en chapitres, sous-chapitres, paragraphes. Cela permet aux utilisateurs qui n'ont pas une vision globale de l'écran de se constituer une sorte de table des matières de la page et de naviguer plus rapidement d'un paragraphe à l'autre. Il ne sert à rien de développer des versions spécifiques pour un type d'utilisateur : handicap visuel, auditif, moteur... Il suffit de respecter tant que l'on peut les recommandations internationales et cela permettra à tout internaute d'accéder au site quel que soit son mode de navigation et son interface. Un site accessible fidélise le public. Il m'est souvent arrivé de dire que je ne reviendrais jamais sur un site car je ne pouvais pas naviguer dessus. Même si certains croient qu'un site accessible ne sera utile qu'à une minorité d'utilisateurs, les personnes handicapées, un site accessible sera visité par des personnes qui souhaitent naviguer rapidement et facilement et qui n'ont pas forcément de handicap. On compare souvent l'accessibilité d'un site Web à l'accessibilité d'une maison. Même s'il a été prévu de construire une rampe ou un ascenseur pour permettre aux personnes en fauteuil de monter dans la maison sans accéder aux marches, on s'aperçoit que cette même rampe ou ce même ascenseur seront utiles aux personnes ayant des poussettes, des caddies ou aux personnes qui ont un handicap temporaire et ne peuvent pas nécessairement monter un escalier. Pour les sites Web c'est la même chose. s'ils sont accessibles, ils pourront être utilisés par les internautes qui naviguent différemment (en vocal, en braille, avec la voix, sans souris, avec un petit écran). De plus, le confort d'utilisation sera amélioré pour tout internaute qui désire accéder rapidement à une information. |
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